Régionales : ne pas renoncer à l’avance.
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Ne nous y trompons pas : les élections régionales ne seront pas une simple élection intermédiaire. Ce sera, ce doit être, un affrontement de projets de sociétés, un choc frontal. Il en est ainsi en raison de l’aggravation de la crise du capitalisme et de ce que sont les Régions : un terrain, un enjeu de pouvoir, très importants dans cet affrontement.
Il faut nous préparer à cela et, dans les luttes et les débats sur le projet de société que doit élaborer la gauche de transformation, faire naître les grandes lignes d’un projet de région alternatif ainsi que les contours du rassemblement politique capable de porter ce projet et d’œuvrer à sa réalisation.
La droite et les pouvoirs dominants se préparent à ce choc : c’est pour eux une étape décisive dans la restructuration de l’Etat et des territoires, et ils visent notamment la suppression de la « compétence générale » qui permet aux régions et autres collectivités d’intervenir sur des questions politiques majeures situées en dehors de leurs simples compétences obligatoires (Par exemple la maîtrise du crédit). Il s’agit donc de mettre au jour des propositions alternatives aux choix capitalistes. Par exemple :
Fonds régionaux publics pour l’emploi et la formation organisant autrement le contrôle de l’utilisation des fonds publics.
Promotion d’un nouveau type de développement humain, industriel, urbain, agricole, socialement solidaire et promouvant les hommes, l’environnement et l’écologie.
Autre gestion des lycées à l’heure des réformes gouvernementales visant à les asservir aux logiques marchandes.
…etc.…
C’est là une politique radicalement transformée par rapport à celles menées jusqu’ici dans les régions dirigées par la gauche. D’autant plus que toutes ces propositions alternatives, je dis bien : toutes, ne peuvent prendre corps que si les salariés, les consommateurs, les syndicats, les associations, les citoyens, acquièrent et mettent en œuvre de nouveaux droits et pouvoirs : l’intervention citoyenne, de l’entreprise et du quartier au pouvoir régional et au-delà, est la clé de tout changement véritable. C’est cela « battre la droite » et « promouvoir l’alternative ».
Or un piège nous est tendu. Un concert de voix s’élève qui veut nous convaincre que, dans cette région, « battre la droite » exige de reprendre le même chemin qu’en 2004, c’est-à-dire reconduire l’alliance de premier tour avec le PS et sous la houlette du Président actuel. Cela serait INEVITABLE ! Cela serait une évidence. Je ne me cache pas que cette « évidence » est présente dans beaucoup de têtes d’électeurs de gauche. J’y vois d’ailleurs un effet pervers de ce pouvoir régional, trop souvent autocrate, et du système qui l’accompagne, trop souvent marqué par l’assujettissement de beaucoup d’acteurs : on finit par ne plus pouvoir concevoir un autre type de pouvoir, de fonctionnement, de Président.
Or ce pouvoir actuel tourne le dos aux exigences démocratiques que je viens d’évoquer. Il y a face à la crise deux « modernités » possibles : celle qui cherche à concentrer le pouvoir en quelques mains, celle qui cherche à donner aux citoyens le plus de pouvoirs possibles. Malgré quelque acquis (dus par exemple aux élus communistes et d’autres), le pouvoir régional actuel porte cette tare : par ses conceptions, ses pratiques, ses dérives (les fameux dérapages du Président), il est vieux, anachronique, inapte à favoriser ce champ d’intervention populaire aujourd’hui absolument indispensable. Ce n’est pas une petite question de « gouvernance ». C’est un problème majeur. N’écoutons pas les voix qui nous poussent à renoncer, à prendre, non un chemin, mais une ornière. Ou plutôt : Entendons ces voix ; elles nous donnent la mesure de l’effort à faire, du courage politique à avoir, de l’audace à mettre en œuvre pour un projet régional alternatif et pour le rassemblement politique capable de le porter.
Je pense donc que nous devons travailler à ce projet réellement ancré à gauche. Et construire du même pas un rassemblement visant l’amplification de la dynamique du Front de gauche. En feront partie tous ceux qui travailleront au projet et au nouveau type de pouvoir régional nécessaire à la réalisation de ce projet. Pas de frontières autres que celles-là. Partenaires du Front de gauche, Fédération et Cuals, NPA, LO…, acteurs du mouvement social, intellectuels, socialistes, écologistes…, ne renonçons pas à nous unir sur ces bases. La force acquise par ce rassemblement, à travers les luttes, dans les débats et au premier tour des élections, peut lui permettre d’affronter dans de bonnes conditions les questions posées par le second tour : empêcher la droite de prendre la région et élire une majorité de gauche apte à travailler d’une manière nouvelle pour le bien et l’intervention populaires.
Jacques Bonnet.
11 septembre.


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